Vendredi 28 novembre 2008
Kitano Takeshi
北野武
aurait pu devenir mangaka ! Puisque je vous le dis ! Lisez son court récit « La vie en gris et rose » paru chez Picquier Poche en avril 2008 et regardez les dessins. Titre original
« Takeshi-kun, hai ! » たけしくん、ハイ! traduit du japonais par Karine Chesneau. Ce petit livre contient
128 pages, coûte 7,50 € (ISBN 2-8097-0022-0) et il est illustré par l'auteur, eh oui !
Bon, je sais, il y a ceux qui aiment Kitano, l'homme, l'oeuvre (il est
acteur et réalisateur, animateur et humoriste, mais aussi peintre et chanteur), et puis il y a ceux qui détestent. Mais à la lecture de ces souvenirs d'enfance, tendres et drôles, vous
découvrirez un être attachant, vraiment attachant.
Né dans une famille pauvre du Tôkyô d'après-guerre, manquant de presque
tout et même de l'affection de ses parents, Takeshi-kun ne pense qu'à s'amuser, enfin avec les copains de la même condition que lui parce que les gosses de riches ne jouent pas avec les enfants
pauvres et crasseux...
À bicyclette avec son père et son frère aîné pour aller peindre les murs des
clients, à la maison avec une mère sévère qui n'hésite pas à le battre, au pachinko pour aller chercher un père alcoolique et violent, à l'école où il essuie les moqueries des autres enfants, à
la mer où il voit pour la première fois vers l'âge de 6 ans un étranger, etc., l'enfant ne se départit jamais de sa bonne humeur et de son humour.
Il raconte aussi les livres (du moins ceux que sa mère voudrait qu'il
lise car lui préfére les mangas !), la honte d'avoir un gobelet en bakélite rouge (une couleur de fille), les visites médicales, la fusée parachute, les arnaques de Monsieur Karaté, le rêve
de posséder un train électrique, les bains publics, les conteurs ambulants, les bonbons (qu'il n'a pas le droit de manger), les toupies beigoma, les skis (qu'il fabrique lui-même), le
porte-cartes en plastique dont il rêve pour ranger les photos des lutteurs de Sumô et des joueurs de base-ball, les libellules,
les cerf-volants, son affection pour un copain plus âgé et handicapé et pour un autre issu d'une famille encore plus pauvre que la sienne et dont la maison a été détruite par accident, les
typhons, la pêche, bon sang on voit vraiment défiler le Japon des années 50, en peu de phrases et avec des petits riens, mais de ceux qui font la vie d'un homme.
Son rêve, jouer, s'amuser, tout le temps, et c'est ce qu'il fait,
non ? Un homme qui a son vécu, qui a réussi sa vie et qui déclare « C'est étrange, la sensibilité. Elle se forge dans l'enfance en fonction des conditions d'existence, puis elle reste
immuable tout au long de la vie. Les pauvres ont leur sensibilité et les riches, la leur. On a beau devenir riche une fois adulte, quand on a été pauvre dans l'enfance, on garde toujours sa
sensibilité première. Intérieurement, on ne pourra pas changer. » et plus loin « Je voudrais préserver indéfiniment ma sensibilité d'enfant. Aussi mature, aussi riche que je devienne,
je veux rester intègre, fidèle à moi-même, à ma vérité. » ne peut être que quelqu'un de bon, d'honnête et de sensible (ou alors c'est que je me trompe sur l'âme
humaine).
Vous pouvez découvrir le talent et la sensibilité de Kitano Takeshi
dans ses films, mes préférés étant « L'été de Kikujirô » (1999) et « Dolls » (2002)
mais les films de yakuzas réalisés dans les années 90 comme « Violent cop » (1989), « Jugatsu » (1990), « Sonatine » (1993), « Kids
return » (1996) et « Aniki, mon frère » (2000) évidemment violents m'ont bien plu aussi car on ne peut pas occulter cette
partie du Japon.
Plus d'infos sur Kitano Takeshi sur Office-Kitano Website.
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