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Jeudi 21 mai 2009

« Medz yeghern » est une bande dessinée de Paolo Cossi parue chez Dargaud en janvier 2009. Elle contient 144 pages (non numérotées) et coûte 9,50 € (ISBN 2-5050-0514-8), elle est traduite par Claudia Migliaccio (Medz yeghern, il grande male) et préfacée par Antonia Arslan. Les six premières pages sont disponibles sur le site de l'éditeur.


L'auteur

Paolo Cossi naît à Pordenone en 1980 et commence sa carrière de dessinateur jeune avec « Corona, l'uomo del bosco di Erto » (Biblioteca dell'immagine) en 2002. Il enchaîne avec « Tina modotti » en 2003, « Mauro Corona, la montagna come la vita » (Corona, la montagne comme la vie), « Unabomber » et « Il terremoro del Friuli » (Le tremblement de terre du Frioul) en 2004-2005, « La storia di Mara » (L'histoire de Mara) en 2006, « 1918, destini d'ottobre » (1918, destins d'octobre) en 2007 et « 1432, il veneziano che scoprì il baccalà » en 2008.


Le livre

C'est Tito de Luca (que l'auteur remercie) qui lui a parlé le premier du génocide arménien et qui lui a donné envie d'en savoir plus. Si vous aussi, vous souhaitez en savoir plus, lisez ce « roman » graphique, témoignage noir, sombre comme le destin tragique de ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces vieillards, déportés, massacrés, torturés, égorgés, violés, abandonnés dans le désert sans rien... Ou plutôt avec leurs seuls souvenirs, et pour certains encore un peu d'espoir.

Pendant la Grande Guerre (1914-1918), les dirigeants turcs (en particulier Enver Pacha, ministre de la défense, Mehmet Talaat Pacha, ministre de l'intérieur, et Ahmed Djamal Pacha, ministre de la marine) en profitent en effet pour nettoyer l'empire de sa population arménienne (présente depuis l'ère pré-chrétienne et convertie au christianisme au IVème siècle).

« Pas de presse, pas d'intervention des grandes puissances... Personne ne s'apercevra qu'il manque quelques Arméniens... » dit Nazim Bey (p. 15). Quelques ? Un million cinq cent mille morts... ! Peut-être plus... Et combien de familles détruites, d'exilés qui n'ont plus que leurs souvenirs et leur nostalgie ?

Paolo Cossi raconte (avec des dessins d'une grande force mais aussi d'une belle sobriété) l'indicible à travers les témoignages de jeunes gens exemplaires : Le sous-lieutenant Armin T. Wegner, soldat Allemand rétrogadé et envoyé à Bagdad car il a osé parler du génocide (« violer un secret d'état ») et qui pourra finalement révéler l'horreur grâce à ses photographies. Aram, soldat Arménien enrôlé dans l'armée ottomane, seul survivant de son unité (2000 hommes) massacrée par les soldats turcs en plein désert. Sona Kechiyan, 15 ans, seule survivante de sa famille (et peut-être même de son village), marche dans une caravane de déportés dans le désert ; à ses côtés, Sciuscik Olivyan, qui ne souhaite qu'une chose avant de mourir : revoir son fils, Aram. Murat, jeune Turc idéaliste qui, au péril de sa vie, conduit Aram dans le Moussa Dagh et qui y reste pour aider la résistance arménienne ; le peu de survivants est miraculeusement secouru par un bateau français et Murat se réfugie en Italie ou il épousera... Sona !


Medz yeghern, nom donné par la diaspora arménienne à cet événement ignoble (premier génocide du XXème siècle), signifie « le grand mal » et en effet, quel mal plus grand peut-il y avoir que de mourir « de toutes les morts du monde » ?

Que peut-on rajouter à cela ?... Peut-être ceci : la Démocratie selon Federico Tavan (p. 44)

« Demograzia - A no l'è succedút nua canaes : continua a balá.

Démocratie - Il ne s'est rien passé, jeunes gens, continuez à danser. »


Plus d'informations concernant l'Arménie sur France-Arménie, NetArménie et Nouvelles d'Arménie Magazine, entre autres.

Par Bédédazi - Publié dans : Turquie - Communauté : Bédés d'Asie
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Samedi 15 novembre 2008

« Istanbul carnets » est une bande dessinée sous forme de carnet de voyage de Dupuy-Berberian parue en mars 2007 chez Cornélius dans la collection Blaise (neuvième album de cette collection) qui contient 80 pages et coûte 19,00 € (ISBN 2-915492-29-3). Sur le site des auteurs, des informations sur ce carnet et sur un documentaire réalisé à l'occasion d'une exposition à Istanbul (affiche ci-dessous).


Charles Berberian part avec Philippe Dupuy en Turquie sur les traces de Archavir Berberian et son épouse Madeleine Wagner qui ont fui ce pays en 1921 pour s'installer au Liban. Le studio de photographie inscrit sur un vieux cliché de ses grands-parents ayant été remplacé par une banque, Berberian décide : « Tant pis, je continue ma balade et j'imagine à présent que je marche pour eux, là où ils sont nés et là où ils ont grandi, pour qu'ils sachent comment c'est aujourd'hui. Pour qu'ils se disent qu'ils ont enfin pu revenir à Constantinople ». Ce discours m'avait saisi et je voulais absolument parler de cette bande dessinée mais lorsque je l'ai lue, je n'étais pas chez moi et je n'avais pas pu écrire d'article : je n'aime pas faire de mémoire, je risque d'oublier un détail important, une anecdote, etc. C'est pourquoi je viens de relire cet ouvrage et je peux enfin le chroniquer.


Une chose m'a surpris, c'est la couleur rose ! Utilisée par exemple pour Toulouse, qui est surnommée la ville rose, j'aurais compris, mais pour Istanbul, je me pose la question, le rose est-il la couleur symbole d'Istanbul ? Mais ce choix est finalement original alors pourquoi pas ?


Les dessins sont donc en noir et blanc, et certains sont sur fond rose, ce qui est très joli comme par exemple les salons de l'hôtel Buyuk Londra, le Palais de Topkapi, Sainte-Sophie ou Kadikoy.

Istanbul, c'est des rues, des immeubles, des commerces, des gens, des jardins, un port, et on apprend des choses sur les ruines de Beyoğlu (quartier abandonné en 1972 par les Grecs expulsés), le fez (interdit en 1924), la façon turque d'aborder le génocide arménien, le tanburi ou saz et le kemençé (instruments de musique), le comportement des Turcs et des étrangers à Istanbul, les enfants vendeurs de mouchoirs...


Les restaurants et les bars ont l'air d'avoir beaucoup d'importance, ainsi que les boutiques d'instruments de musique et la musique elle-même (voir les explications sur Cemil Bey, joueur de tanburi et de kemençé). Par contre, il y a peu d'animaux, quelques oiseaux, un chat...


Détail important : les auteurs qui parlent de leur « rencontre avec l'équipe de la revue Leman, l'équivalent local de Charlie Hebdo : nous buvons un verre en compagnie de Ramize Erer, Tuncay Akgun et Mehmet Çagçag » (j'ai noté les noms pour m'en rappeler car je ne savais pas qu'il existait une bande dessinée turque, enfin je l'ai appris au printemps 2007 en lisant ce carnet et la Turquie était invitée au Salon du Livre de Francfort à l'automne 2008 ce qui a permis à des dessinateurs turcs de se faire connaître).


Et puis à la fin, il y a quelques anecdotes croustillantes comme l'incident diplomatique ou les usages, des petites choses drôles qui font qu'on a envie d'en savoir plus alors à quand l'arrivée de la bande dessinée turque ?

Par Bédédazi - Publié dans : Turquie - Communauté : Bédés d'Asie
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