« Femmes de réconfort : esclaves sexuelles de l'armée japonaise » est un manhwa de
Jung Kyung-a édité par Au Diable Vauvert et 6 Pieds Sous Terre (co-édition) en octobre 2007.
Paru en Corée sous le titre « The story of 'Japanese military sex slaves' » chez GCK, il est traduit en
français par Kim Youn-sill et Stéphane Couralet et publié en France grâce au concours du Korea Literature Translation
Institute. Cet ouvrage contient 264 pages et coûte 22,00 € (ISBN 2-35212-029-2).
Quelques mots sur Jung Kyung-a
Diplômée d'histoire, Jung Kyung-a est également une artiste : scénariste de dessins animés et auteur de bandes dessinées. En 2001, elle reçoit le premier prix au
concours national de bandes dessinées de Corée (pour Padam Padam, une biographie de Edith Piaf). En 2003, sensible à la situation en Irak, elle décide de s'intéresser au sort des femmes en temps
de guerre et se lance dans « Femmes de réconfort ».
Tout d'abord, je voudrais vous faire lire la quatrième de couverture.
« Plus que tout je refuse catégoriquement le terme de 'femme de réconfort' puisqu'il signifie quelque chose de chaleureux et doux. »
« Nous n'étions pas des 'femmes de réconfort'. Nous étions des victimes de rapts et de viols commis par l'armée japonaise ! Nous ne cherchons pas à faire punir les coupables individuellement : nous attendons que l'État japonais reconnaisse son crime officiellement. Reconnaître et voir la réalité en face est un moyen d'apprendre davantage. Même si c'est une page sombre de l'histoire, les Japonais n'ont-ils pas le droit de savoir ce qui s'est réellement passé ? On a beau chercher à oublier ou à nier la vérité, c'est impossible. Moi, en tout cas, je n'y arrive pas. Pourquoi avoir attendu jusqu'à présent pour témoigner ? Parce que c'est le moment. En apprenant le combat des femmes asiatiques, j'ai compris qu'il fallait qu'une femme occidentale se batte à leurs côtés. À mon retour, je veux retrouver mes vieilles amies. Je vais les convaincre que toutes réunies, nous représenterons une grande force. »
Jan Ruff O'Herne
Si cette Hollandaise témoigne en 1992 aux côtés des victimes coréennes, c'est parce que née en 1923 à Java (Indonésie), elle a aussi été enlevée et a subi ce que des Coréennes, mais aussi des
Chinoises et même des Japonaises et quelques Occidentales ont enduré pendant des années : enlevées à leurs parents (elles avaient entre 10 et 22 ans), après que des pourris leur aient promis
un travail ou de l'argent pour aider leur famille pauvre, ou « simplement » kidnappée dans la rue, à la sortie de l'école ou même chez elles, violées par les gradés puis emmenées de
force par bateau, en qualité de « marchandises militaires », à Shanghai, en Mandchourie, puis certaines en Papouasie-Nouvelle-Guinée, pour devenir les esclaves sexuelles des soldats
japonais et la proie de tenanciers chinois ou coréens peu scrupuleux.
Dans cette bande dessinée où apparaissent des petits personnages parfois amusants (incroyable la capacité des asiatiques de montrer des choses horribles avec ce genre de dessins - comme dans « Ðiên Biên Phú » ディエンビエンフー un seinen de Nishijima Daisuke 西島大介), le lecteur apprend beaucoup de choses sur le Japon, ses guerres de conquête dès 1894 (Corée, Russie, Chine, Indonésie) et la mentalité de ses dirigeants (organiser la prostitution servait à éviter les viols - non pas pour protéger les femmes mais pour protéger les valeureux soldats des maladies vénériennes - et sacrifier « quelques femmes » servait à éviter le viol des civiles). Ainsi, grâce à des témoignages vraiment différents, celui de Jan Ruff O'Herne (Hollandaise d'Indonésie), celui de Aso Tetsuo (gynécologue de l'armée, chargé de la prévention des maladies vénériennes), celui de Lee Ok-sun (Coréenne enlevée et déportée en Mandchourie, surnommée Halmuny*) mais aussi grâce aux apartés (pages grises) de l'auteur et de ses amies qui donnent leur avis sur l'histoire et l'avancement de l'ouvrage, c'est toute une page sombre du XXème siècle qui défile. Sans oublier que le gouvernement japonais a mis la même chose en place au Japon, après guerre, durant l'occupation américaine afin que les soldats américains puissent avoir des « maisons de réconfort » où assouvir leurs besoins et qu'ils laissent les femmes japonaises tranquilles...
* « Halmuny » signifie « grand-mère » en coréen et c'est le surnom qui a été donné à ces vieilles dames qui ont fait
connaître leur situation au monde entier au début des années 90.
En fin d'ouvrage, une chronologie (de 1929 à 1945), une bibliographie conséquente (7 pages dont une de sites Internet).
Un deuxième volume est annoncé, intitulé « Un procès bâclé ».
Pour plus d'informations, vous pouvez visiter Women and War, le site officiel coréen (en coréen et anglais).
PS : Si cette chronique est bien dans Mes lectures manhwa au niveau de la catégorie, j'ai préféré la mettre dans la communauté Tout sur le Japon, plutôt que dans Tout sur la Corée ou Tout sur la Chine mais elle y aurait eu sa place puisque la majorité des femmes sont des Coréennes et que leur histoire se situe surtout en Chine.
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