« Les pierres aveugles » de Thierry Groensteen et Patrice Cablat est une
bande dessinée parue chez Actes Sud / L'An 2 en juin 2008 (56 pages, 16,00 €, ISBN 2-7427-7331-2).
L'auteur - Thierry Groensteen naît le 18 avril 1957 à Bruxelles. Autant dire que la bande dessinée, il est tombé dedans quand il était
petit ! Historien et théoricien de la bande dessinée, rédacteur des Cahiers de la Bande dessinée puis de 9e Art, directeur du Musée de la Bande Dessinée,
créateur de nombreuses expositions, membre fondateur de l'OuBaPo, auteur de plusieurs ouvrages, il fut éditeur indépendant avant de rejoindre l'An 2. Il est maintenant directeur de la collection
Actes Sud / L'An 2 et également professeur à l'École Supérieure de l'Image d'Angoulême. Plus d'informations sur son site officiel.
L'illustrateur - Patrice Cablat a assuré la conception graphique de la bande dessinée. Il est diplômé de l'École Supérieure de l'Image d'Angoulême, a travaillé pour le site CoconinoWorld jusqu'en 2005, a publié
« Le paysan pharaon » (lien éditeur) et « La reine de Saba » (lien éditeur) chez Alain Beaulet, a fourni des illustrations pour
plusieurs éditeurs et a créé la revue ChocoCreed. Plus d'informations sur son site officiel PatCab qui prépublie les 27 premières pages de « Les pierres aveugles ».
Sur la quatrième de couverture : « Être retenu en otage au Yémen peut se révéler une expérience enviable si l'on succombe aux beaux
yeux d'une lointaine descendante de la reine de Saba. Mais quand l'histoire connaît des soubresauts tragiques, l'Arabie heureuse se referme tel un piège fatal. ».
Je ne crois pas qu'être retenu en otage puisse être une « expérience enviable » mais cette jolie histoire est une fiction et la magie
de « l'Arabie heureuse » (l'ancien nom du Yémen) emporte le lecteur dans un tel tourbillon que...
Juin 2001, le lecteur découvre un paisible village de Bédouins au nord-est du Yémen et fait la connaissance de ses habitants, en particulier de
Mouna, la charmante institutrice, veuve depuis 4 ans.
Au même moment, à New York, Robert Soppovski, qui ne se remet pas d'un chagrin d'amour, s'apprête à repartir au Yémen dans le but d'acheter des
produits d'artisanat pour son magasin Art & Craft.
C'est avec délice que Bob retrouve Sanaa et la magie de l'Orient. Abdul lui est assigné comme accompagnateur mais l'Américain souhaite se
rendre dans un secteur où sa sécurité ne pourra pas être assurée, car « c'est souvent dans les coins soi-disant sans intérêt que l'on déniche les objets les plus rares ». Évidemment, à
peine arrivé à Barâqish, Bob est enlevé ! Retenu prisonnier dans le paisible village de Bédouins du début, il attire l'attention des curieux et surtout des enfants qui en parlent à leur
institutrice.
Les points forts de cette bande dessinée (zappez si vous souhaitez garder la surprise de lecture !)
Lorsque les Yéménites parlent, le texte est bilingue (la calligraphie arabe est dessinée par Zine Hamadou).
Les beaux personnages, beaux décors et le fait que les auteurs se soient bien documentés sur le Yémen.
Les touches humoristiques : le couple de beaufs dans l'avion, le branle-bas de combat à l'ambassade des États-Unis, la curiosité des
enfants qui veulent tout savoir (est-ce qu'il connaît Madonna, etc.), le coup de la douche (fallait oser), la maman-courage prête à tout pour sauver son Bobby chéri.
Elle soulève aussi des problèmes d'ordre écologique (lorsque des décisions sont prises en haut-lieu comme la construction d'un barrage, il y a
des incidences sur des villages isolés qui ne sont pas toujours prises en compte), d'ordre politico-religieux (le frère de Mouna, qui a eu l'idée de l'enlèvement, est plus extrémiste que les
Anciens et après le 11 septembre, le fanatisme se réveille) et d'ordre universel puisque l'amour n'a pas de frontière (par contre lapider une femme veuve et libre d'aimer l'homme qu'elle veut,
avec la bénédiction de son père, ce n'est pas ce qu'il se fait de mieux...).
Une petite remarque sur l'avant-dernière image de la bande dessinée (page 56) avec laquelle j'ai vraiment eu l'impression d'être dans un album
de « Tintin » (ligne claire) et un dialogue presque surréaliste « Mon Bobby, je t'ai retrouvé ! » (la mère, au comble de la joie) « Et moi, je l'ai perdue » (le
fils : survivra-t-il à un deuxième chagrin d'amour ?).
Si vous souhaitez mieux connaître le Yémen, vous pouvez consulter Ma petite encyclopédie du Yémen.
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