« Larme ultime » 最終兵器彼女 de Takahashi Shin 高橋しん(真), est un seinen d'anticipation en 7 tomes publié au Japon chez Shogakukan de 2000 à 2002, et en France chez Delcourt entre janvier 2003 et février 2004.
Voir la biographie et la bibliographie de Takahashi Shin.
Petites remarques sur le titre japonais
« Saishû heiki kanojo » se compose de « saishû » 最終 « dernier » (ultime), de « heiki » 兵器 « arme », et de « kanojo » 彼女 « elle », concrètement « l'arme ultime, elle ». Les Japonais donnant souvent un surnom affectueux aux séries, le titre est écourté en « Saikano », sous-entendu « la dernière elle ». Bien que ce terme de « saikano » ne signifie rien de spécial, il est curieux de noter que « saika » est un mot utilisé pour « demander la sanction de l'Empereur », donc quand on y rajoute « no », cela devient « la sanction de », ce qui se rapporte tout à fait au contenu de la série !
Petites remarques sur le titre français
Il y a bien sûr un jeu de mots avec « Larme » et « L'arme », Chise se transformant en arme bien malgré elle, et versant beaucoup de larmes. C'est donc un choix judicieux de l'éditeur d'avoir choisi comme titre « Larme ultime » plutôt que « L'arme ultime », qui faisait trop... facile ! Le sous-titre est « Le dernier chant d'amour sur cette petite planète », et vous verserez certainement une « petite larme » !
Petites remarques sur la série animée

Les dessins du manga peuvent paraître brouillons à certains (c'est le style de Takahashi Shin) mais l'anime élaboré par le studio Gonzo en 2002 (13 épisodes de 25 minutes chacun) est vraiment très bien fait, dessins, couleurs, animation, musique, ambiance, humour, sentiments, tout y est. A noter que j'ai vu l'anime avant de lire le manga mais que cela n'a rien retiré à la force de cette histoire. Le titre américain de l'anime qui insiste sur le pronom personnel « elle », « She, the ultime weapon » retranscrit bien le titre original.
En France, l'intégrale de l'anime est sortie en VO sous-titrée avec le titre « L'arme ultime » chez Déclic Images (éditeur qui propose également un dossier spécial avec vidéos et audios) :
- d'abord en édition simple (4 DVD, pas de bonus) le 18 décembre 2003 (une critique sur DVD Anime)
- puis en édition collector (4 DVD + nombreux bonus sur un DVD supplémentaire) le 22 novembre 2004 (une critique sur DVD Anime).
Et des infos sur le film !
Le film « 最終兵器彼女 The last love song on this little planet. » est sorti au Japon le 28 janvier 2006, avec dans le rôle de Chise, Maeda Aki 前田亜季, née le 11 juillet 1985 à Kanagawa 神奈川, chanteuse (2 albums, 1999 et 2000) puis actrice (elle a joué entre autres dans « Battle Royale, I et II » et a prêté sa voix à Yuki dans « Neko no ongaeshi » 猫の恩返し). Le DVD est prévu au Japon pour le 21 juin 2006.
L'histoire
Ce n'est pas avec l'héroïne, Chise que le lecteur fait d'abord connaissance, mais avec son petit-ami, Shûji (surnommé Shû-chan) qui est le narrateur, aussi bien dans le manga que dans l'anime. Quand Chise apparaît, le lecteur est d'emblée amené à penser qu'elle est « mignonne » car elle s'excuse sans cesse (« gomen nasai » ごめんなさい, « gomen » ごめん ou « gomen ne » ごめんね, « pardon », sont d'ailleurs très souvent entendus dans l'anime !), ce qui la rend attachante mais pénible aux yeux de son amoureux. Cela peut vous paraître un détail mais c'est important par rapport à ce qu'elle est : petite, timorée, empotée, maladroite, lente, faible, pas douée sauf en histoire du monde (ce qui n'est « pas d'une grande utilité dans la vie » sic !), elle dit « je veux devenir forte », et ce qu'elle va être obligée de devenir (ça, pour sûr, elle va devenir forte !!!). Enfin, tout ça, ce sont les avis de Shûji qui n'est pas exemplaire non plus : il ne sait pas ce qu'un garcon doit faire quand il sort avec une fille, il gaffe, il la traite souvent de « baka » ばか (stupide, bête), il la fait pleurer, ses copains doivent lui conseiller le cinéma, l'aquarium ou une virée à Sapporo 札幌... Typique du jeune japonais, maladroit, timide, complexé et un brin moqueur ! Un petit dialogue amusant, page 22 du tome 1. Shûji : « Dis donc, t'es vraiment accro aux mangas, toi... Si t'en lis trop, tu vas devenir bête. » Chise : « Pa... pardon ». Shûji : « Oups... n... non, y a pas de problème. Prends ton temps. Les mangas, c'est vraiment génial. » Dialogue qui montre bien le mode de dérision de l'auteur.
Apparemment donc, tout va bien et on a l'impression d'avoir entre les mains une jolie histoire d'amour (le couple tient même un journal commun, c'est très courant au Japon), le jeune homme et ses amis vont au lycée dans une petite ville de Hokkaidô 北海道, le décor paraît idyllique, mais... On se rend vite compte qu'une guerre mystérieuse détruit l'humanité et on se demande pourquoi l'île de Hokkaidô a été jusqu'alors épargnée. D'ailleurs lorsque Shûji déclare à Chise « Nous allons nous aimer » (phrase qu'il prononce régulièrement et qui est également en en-tête du tome 1), on comprend malheuseusement à la lecture de « Saikano » que cela se transforme dans la réalité en « Nous allons nous détruire » ! L'auteur veut montrer que « amour » et « destruction » sont parties indissociables de l'humanité... Et lorsque la mort frappe lors d'une journée shopping à Sapporo puis qu'il voit une Chise transformée devant lui, Shûji devient adulte, à ce moment-là, mais il sait qu'il est déjà trop tard et que c'est la fin. Pourtant, la vie continue (comme si de rien n'était ?), le chapitre 3 débute comme le chapitre 1, la montée de la « côte infernale » pour aller au lycée, Chise toujours aussi faible et mignonne, mais Shûji a changé, il est devenu homme et il a pris une décision importante, continuer d'aimer Chise malgré ce qu'elle devient, une arme entre les mains de riches militaires, soucieux de contrer l'ennemi (mais qui est l'ennemi ?), soi-disant en préservant la population...
Je ne veux pas vous en dévoiler plus, il faut lire le manga et découvrir ce à quoi Chise et Shûji vont être confrontés, leurs questionnements, leurs inquiétudes, leurs souffrances, et aussi les peurs, les joies et les espoirs de l'humanité à travers leur amour (simple et sincère), leur évolution, la tentation de l'infidélité, le fait d'être accaparé par le travail de Chise, leur fuite éperdue dans le nord à la recherche d'une ville encore habitée, leur « lune de miel » (c'est comme un cadeau de la vie que Chise devienne femme avant de devenir arme ultime), leur vie de couple apparemment normale, leur complicité, leur force face à la maladie, l'importance des petits riens de la vie, la mémoire des êtres aimés (cependant, il y a peu de personnages, Chise et Shûji semblant comme seuls au monde) et des lieux (à la fin, Shûji retourne à l'observatoire de leur ville natale, là où ils ont échangé leur premier baiser) et puis la fin, mais vraiment La Fin... Dans ce manga apocalyptique, beau et cruel, il y a énormément d'émotion, beaucoup de tristesse aussi, de l'amour, un puissant message adressé à l'humanité toute entière et puis un faible (comme Chise ?) espoir « Nous allons vivre ».
A la fin des tomes, vous pourrez lire une bibliographie des ouvrages (principalement militaires) que l'auteur a utilisés pour créer ce manga et sa liste d'inspiration avec ce qu'il a vu et lu pendant la création de cette histoire. Il y a aussi un message personnel de Takahashi-san heureux de présenter sa première « histoire d'amour », un tableau d'utilisation des suffixes « san » さん, « chan » ちゃん et « senpai » せんぱい (先輩), des clés de compréhension, et dans le dernier volume une postface conséquente écrite par l'auteur.
A découvrir la nouvelle série de Takahashi-san : « Fragment » きみのカケラ dont le tome 1 est paru début mai chez Delcourt (tome 2 prévu mi-juillet), série en cours au Japon (5 volumes sortis depuis 2003), une histoire fantastique avec des enfants, c'est joli et mignon. Couverture, focus et extrait dans « Tankôbon » n° 11 de mars - avril 2006) et des images sur le site de Takahashi Shin, en japonais.
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