J'ai déjà parlé des dessinateurs de Tel Aviv, Batia Kolton, Rutu Modan et Etgar Keret ici.
« Exit wounds » de Rutu Modan est une bande dessinée (traduite de l'hébreu par Rosie Pinhas-Delpuech) parue en novembre 2007 chez Actes Sud BD (160 pages, 20,00 €, ISBN 2-7427-7107-3).
Parution initiale en mai 2007 chez Drawn & Quarterly à Montréal.
Cette bande dessinée a reçu deux prix : Prix France Info 2008 de la bande dessinée d'actualité et de reportage et Prix Essentiel 2008 à Angoulême.
Exit wounds, c'est « l'orifice de sortie d'une blessure », c'est donc une plaie béante, une souffrance qui peut-être ne se referme pas...
Kobi Franco est un jeune chauffeur de taxi de Tel Aviv. Orphelin, il vit avec sa tante Ruti (soeur jumelle de sa mère, Aviva, morte en 1997) et son époux, Arieh, car leur fils unique, Talik, a été tué durant la guerre du Liban. Un matin de janvier 2002, Nomi Hermann, une jeune femme militaire, demande à rencontrer Kobi et lui annonce que son père, Gabriel est peut-être mort lors de l'attentat de Hadera, trois semaines auparavant. En effet, un cadavre extrêmement brûlé n'a pas encore été identifié mais Kobi ne comprend pas pourquoi ce corps pourrait être celui de son père à qui il n'a pas parlé depuis deux ans. Il appelle sa soeur aînée, Orly qui vit à New York et se lance dans une (en)quête avec Nomi, surnommée La Girafe, qui était en fait une intime de Gabriel. Un père fantasque et absent pour Kobi et que le lecteur ne verra jamais sauf sur une photo de mariage d'une parente lointaine dans les années 70.
Rutu Modan montre avec un dessin simple (mais pas simpliste) assimilé à la ligne claire et une infinie pudeur la réalité des Israéliens, comment ils essaient de vivre normalement malgré le conflit, les attentats, et de toujours garder espoir (je pense que le fait que la BD soit en couleur au lieu de noir et blanc accentue cet espoir), même s'ils sont poursuivis par la mort et la peur des bombes. Mais c'est aussi le récit de l'introspection de Kobi et l'histoire d'un amour naissant montré avec tout autant de douceur, de pudeur et même un peu d'humour.
Je voudrais m'attarder sur les messages des deux dernières images (ne pas lire si vous ne connaissez pas la bande dessinée et que vous voulez la découvrir). Sur l'avant-dernière image, un des deux chiens est encore attentif à l'intrus mais l'autre s'est sagement couché aux pieds de sa maîtresse qui tend les bras (symbole d'ouverture, d'espoir) ; l'ombre de Nomi est, comme le passé, derrière elle. Du coup, dans la dernière image, Kobi qui a toujours été méfiant, craintif, se lance dans le vide, confiant en l'avenir. Quelle belle histoire d'amour en fait !
Vous pouvez lire un intéressant entretien avec Rutu Modan sur Klare lijn international et consulter ses dessins sur la galerie HeflinReps.
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