« Chroniques de Pékin » est
un recueil de nouvelles en bandes dessinées de 10 auteurs pékinois qui racontent leur ville. Il est paru en juin 2008 chez Xiao Pan,
l'éditeur spécialiste du manhua.
C'est un bel ouvrage de 192 pages (dont un portfolio et un carnet d'illustrations), au format 17 x 24 cm, qui coûte 18,00 € ce qui est un prix raisonnable (ISBN 2-940380-73-2).
Des collaborations sont à signaler : celle d'Olivier Vatine pour la préface, de Benjamin pour la postface et d'Alain Wang (rédacteur en chef d'Asia Magasine) pour les introductions des histoires.
Dans sa préface, Olivier Vatine dit tout en une page en particulier : « ... Il faut désormais compter avec le manhua ! ». Je suis d'accord avec lui, dès que j'ai créé Bédés d'Asie, j'ai refusé d'être relégué au manga, j'ai tout de suite annoncé que je parlerais également du manwha (coréen), du manhua (chinois) et de toutes les bandes dessinées de ou sur l'Asie.
« Des Pékinois pas très civilisés » de Ji'An (9 pages)
Impatiente que le hutong (quartier traditionnel) soit démoli pour vivre enfin dans un appartement offrant un véritable confort, Liu, une adolescente moderne et espiègle, décide d'éduquer son grand-père, le vieux Wang, qui se promène dans la rue torse nu.
J'avais déjà lu cette nouvelle très drôle dans BoDoï n° 119 spécial Chine et c'est elle qui m'a donné envie de lire complètement le recueil.
De Ji'An, je conseille vivement la lecture de « Niumao, le chat chinois », mais d'autres ouvrages de ce studio sont parus en France : « Léa Graslin », « La voie de la sagesse » et « Gangs de Pékin ».
« La boîte à voeux » de Liang Yi d'après une historie de Yan Kai (11 pages)
À l'annonce du choix de la ville chinoise pour les Jeux Olympiques de 2008, Pang, un garçon de 10 ans très dodu voit son père faire un voeu à la télévision et décide de maigrir pour porter la flamme olympique dans les rues de Pékin mais 6 ans après, il a oublié son voeu et il est encore plus gras.
Liang Yi est ici publié pour la première fois hors de Chine. C'est un artiste prometteur et j'ai hâte de lire d'autres oeuvres de lui.
« Ha, ha, ha ! » de Liu Wei (11 pages)
Dans le Parc Beihai, les membres de la Chorale des Anciens réunis pour une photo sont interviewés par le jeune Jiong Tao. Ils ont participé au concours pour interpréter une chanson aux Jeux Olympiques mais ils n'ont pas été retenus.
Du même auteur, 2 tomes de « Hibernation ».
« Poisson » de Nie Jun (17 pages)
Yu (Poisson) est une petite fille boiteuse dont les autres enfants se moquent. Elle souhaite tant apprendre à nager que son grand-père, qui la trimballe dans un vieux triporteur, va l'aider à s'entraîner grâce à un arbre de son jardin.
Cette bande dessinée en noir et blanc à la chute surréaliste est d'une grande tendresse et je vous conseille les deux séries de cet auteur, « Diu Diu » (3 tomes) et « My street » (5 tomes dont 2 à paraître).
« Rêves brisés » de Cheng Cheng (17 pages)
Pour cet adolescent, le ping-pong est plus qu'un sport, c'est toute sa vie, mais après une soirée arrosée avec des amis, il a un accident de moto, ses tendons coupés ne lui permettent plus de participer à la compétition nationale et il tombe dans la déchéance.
Cheng Cheng est lui aussi publié pour la première fois hors de Chine. Ses dessins sont très beaux et j'espère que ses oeuvres seront publiées prochainement en français. L'introduction d'Alain Wang sur l'histoire du sport en Chine est particulièrement intéressante.
« Beijing Pistols » de Jian Yi (11 pages)
Clin d'oeil aux Sex Pistols, ces jeunes punks chinois sont rejetés à cause de leur look et de leur comportement, ils ne sont pas pris comme volontaires pour les Jeux Olympiques, ils sont jetés du bar dans lequel ils jouent et perdent leurs instruments.
Cette bande dessinée est un bon moyen de faire savoir au public que le rock chinois existe. D'ailleurs, vous pouvez aller faire un tour sur ma page Liens - Chine - Musique. Du même auteur, « Five colors » et « Seven swords ».
« L'amour sous la lune au Festival d'Automne » de Zou Jian (21 pages)
Une championne de lutte féminine a quitté son village pour participer aux Jeux Olympiques de Pékin mais le seul emploi qu'elle ait trouvé est pour la construction du stade et tout le monde croit qu'elle est un homme.
Le jeune Zou Jian est talentueux et fait bien passer des émotions mais cette histoire m'a moyennement plu alors que j'avais beaucoup aimé son oeuvre poétique « Le repos de la baleine ».
« Le saut » de Lu Ming (13 pages)
Cette bande dessinée en noir et blanc réalisée à l'encre de Chine est constituée de dessins vraiment denses. Elle est est uniquement visuelle et annonce la mort de Mai Feng, une proche d'un basketteur, dans la moiteur de l'été. Il n'y a pas de présentation d'Alain Wang. Du même auteur, « Mélodie d'enfer » (2 tomes) qui décoiffe et « Seven swords ».
« Ligne 104 » de Song Yang (15 pages)
À la découverte de la ligne 104, qui est la première ligne de bus à avoir été affectée aux Jeux Olympiques et qui diffuse des messages en chinois et en anglais aux passagers.
Je n'ai pas aimé les dessins peints sur de véritables photos, c'est lourd. Pourtant j'avais aimé « Wild animals » (2 tomes). Également du même auteur, « Matous et pingouins », « Reload » et « Seven swords ».
« Éléphant » de Wang Huan (14 pages)
Un journaliste français débarque à Pékin pour faire au pas de course (en une journée) 5 interviews, sur le chantier devant le stade national surnommé Le Nid, dans le quartier de Hou Hai, au centre des volontaires, dans un laboratoire de recherche pour des Jeux propres et au centre des athlètes où il rencontre une belle journaliste chinoise qui lui raconte l'histoire des aveugles et de l'éléphant.
Enfin une dessinatrice au milieu de tous ces gars, qui elle aussi est publiée pour la première fois hors de Chine. C'est joli, réaliste, amusant et comme ce journaliste, on a envie de mieux comprendre cette immense Chine.
Portfolio « Gens de Pékin » de Song Yang (13 pages)
Avec des dessins d'une grande humanité, Song Yang rend hommage aux Pékinois pauvres, travailleurs migrants qui essaient de garder leur dignité et de lutter contre la misère, ouvriers du quotidien comme le réparateur de chaussures et de vélo, les balayeurs, le taxi-moto, la vieille vendeuse de galettes faites maison, mais aussi aux artistes (musique, BD et animation).
Cahier d'illustrations (15 pages)
Dix dessins inédits (pleine page ou double page) de Zou Jian, Ji'An, Song Yang, Jian Yi et Olivier Vatine pour découvrir la ville de Pékin en chantier entre 2005 et 2008.
Postface amicale et deux dessins (double page) de Benjamin qui a aussi dessiné la couverture de ce recueil. Du même auteur, « Remember », « One day », « Orange » et le artbook « Flash ».
Un beau recueil, diversifié mais cohérent, pas si inégal que je le pensais au début et digne de figurer dans ma (votre) bibliothèque au côté de mes (vos) manhuas préférés.
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