« Jacarandá » ジャカランダ est
un seinen de Shiriagari Kotobuki しりあがり寿 paru en octobre 2006 dans la collection Kankô de Milan dans un beau format
relié de 318 pages pour 11,00 € (ISBN 2-7459-2385-4). Au Japon, ce manga est paru en juin 2001 chez
Seirinkogeisha après avoir été prépublié dans le magazine AX.
Voir la biographie et la bibliographie de Shiriagari Kotobuki.
Un beau jour, un immense arbre pousse dans la rue et détruit Tôkyô très rapidement : l'histoire est toute simple mais le traitement apporté par Shiriagari Kotobuki est plus complexe puisque l'auteur oscille entre le drame et l'humour qui le caractérise généralement. Ainsi certains lecteurs m'ont dit qu'ils ont préféré consulter la postface avec l'entretien de l'auteur et les explications de Julien Bastide avant de se lancer plus avant dans la lecture du manga. Je les comprends mais pour ma part (et comme j'aime bien lire dans l'ordre), j'ai d'abord lu le manga - qui m'a laissé sans voix - et ensuite la postface très intéressante car elle apporte des explications complémentaires utiles au lecteur qui veut mieux connaître l'univers de Shiriagari-san.
Revenons un peu au déroulement de l'histoire et aux dessins. Si vous préférez lire le manga sans que trop d'éléments vous soient dévoilés, ne lisez pas les paragraphes suivants !
Première image, un train, ça bouge, de toute façon Tôkyô bouge toujours, dans les deux sens du terme (vie quotidienne et... secousses).
Le « ça bouge » de la vie quotidienne
Dans le train, un pauvre vieux s'écroule sous les moqueries et insultes de jeunes, écrans géants, voix off, scandale (court, très court), c'est inadmissible, la jeunesse est trop libre, trop violente et écervelée, info suivante, une idole se lance un nouveau défi, et patati et patata. Dans cette ville immense, tout va vite, tout s'oublie, très rapidement, voix off, écrans géants, écrans multiples, surabondance d'informations en tout genre, accélérations, effectivement ça bouge.
Le « ça bouge » avec l'élément « naturel »
Une fillette remarque un trou au milieu de la route et appelle sa maîtresse qui ne voit rien, aveuglement, ignorance, j'm'en foutisme. La fillette est pourtant persuadée d'avoir bien vu, elle se retourne, elle vérifie, mais qui va la croire, qui va faire attention à un tout petit trou, ici ça bouge, tout le temps, chaque jour. Cependant le phénomène s'amplifie, un bourgeon sort de terre, la route se fend, sur une grande longueur, premiers accidents de voiture, alors que pour d'autres la vie continue, manger, boire, parler. Mais tout s'accélère, le bourgeon grandit, il est maintenant sur tous les écrans de télévision, questions sans réponse (Qu'est-ce que c'est ? D'où vient-il ?), une maison détruite, à plusieurs endroits l'eau et le gaz n'arrivent plus, explosions, mort, peur, panique générale. Tout cela pour en arriver où : plus l'arbre grandit, plus le chaos s'installe et les dessins sont de plus en plus noirs, certains pourront avoir l'impression qu'ils sont bâclés, mais pas du tout, le chaos, comment peut-on dessiner le chaos ? Eh bien, Shiriagari Kotobuki crée quelque chose d'incroyable (une page en cases verticales et une page en cases horizontales en vis-à-vis) et au fur et à mesure que l'arbre s'élève, la ville tombe, le lecteur tombe aussi, vertiges, chute, enfer sur terre, noirceur sans fin, regards hagards, apeurés, fous, c'est fini, c'est la destruction, la mort, plus aucun espoir. Or, dans la postface Shiriagari-san explique qu'il désirait faire une histoire différente de « Hakobune » (2000) qui montrait la fin du monde, qu'il aurait voulu utiliser l'humour et qu'il a préféré que « Jacarandá » soit une renaissance.
Le « ça bouge » du renouvellement, de la renaissance donc
Tiens ça s'éclaircit, ah il pleut, la pluie va nettoyer tout ce carnage et le soleil se lève, c'est magnifique, il y a même des survivants, joie, liesse, c'est beau, c'est grand, c'est empli de superbes fleurs (mêmes cadrages : vertical, horizontal, pleine page). Allez, on s'agenouille, on rend grâces, on remercie d'être en vie. Et puis on se rend compte que la catastrophe n'a touché q'une partie de Tôkyô (pages 299 et 300), qu'est-ce que c'est par rapport à la Terre (page 301 et 302), par rapport à l'univers (page 303) ? Bah, ça fera la une des journaux pendant plusieurs jours, peut-être plus, fin.
Fin ? Vous y croyez, vous ? Connaissant le Japon, reconstruction, travail, fourmillière, la vie reprend le dessus, bien sûr les familles pleurent leurs morts, culte aux ancêtres, puis d'autres naissances, d'autres jeunes ou vieux, d'autres trains, d'autres morts, la vie suit son cours.
Finalement, c'est bien avec humour que Shiriagari a traité « Jacarandá » !
Quelques mots sur les 14 pages de la postface
Après une lettre datée de mai 2005 où l'auteur donne quelques informations sur son manga et le jacarandá et s'excuse d'avoir détourné la beauté de ce « bel arbre d'Amérique du Sud » pour un récit d'horreur, vous pourrez lire un entretien avec Shiriagari Kotobuki puis le récit d'une rencontre de Julien Bastide et enfin découvrir « l'univers manga » (extrait de l'exposition consacrée à l'auteur lors du Festival de Bande Dessinée d'Angoulême 2006).
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