J'ai déjà abordé le thème de la musique dans l'article « Musique et manga » (et quelque peu dans les articles de Chronic'Art)
mais c'est la première fois que je vais chroniquer ici un magazine musical.
Le magazine en question est Rock One, spécialisé dans le (je cite) « néo -
pop - punk - hardcore - métal - french & international ». Du rock, tiens, c'est la musique que j'écoute depuis tant d'années, mais Rock
One est plutôt ciblé pour la jeunesse (courriers des lecteurs, moyenne d'âge 16 ans) donc je ne le lis jamais. (Hé, il ne faut pas croire pour autant que je suis si vieux que ça,
hein ?). Sauf que là, c'est un hors-série (le n° 7) 100 % Japon. 素敵ですね ?
Les quatre membres de Kagerou (un groupe que je n'écoute pas) ne sourient pas sur la couverture, mais celle-ci est tout de même
bien faite en noir, bleu, blanc et je me laisse tenter parce que je veux connaître le contenu (impossible de feuilleter à cause du CD offert, grrr...). Le prix est de 5,95 € pour 68 pages,
plus 2 posters en recto verso (pour ceux qui veulent des épouvantails sur les murs de leur chambre, je sens que je vais me faire quelques ennemis là !) et une jolie planche d'autocollants
dont je n'aurai certainement aucune utilité...
Le magazine est bien fait, agréable à feuilleter et à lire (malgré quelques fautes, genre « dans les baks »), il y a
de belles photos, certaines en pleine page, toujours pour ceux qui aiment les épouvantails (bon, un peu de sérieux, maintenant !). Le contenu des articles est intéressant mais je me suis
demandé s'il n'est pas possible de lire la même chose sur Internet... Enfin, le problème est surtout que la moitié de la revue est consacrée au visual kei (kezaco ? Ben, ce
sont ces fameux épouvantails !) donc pour ceux qui n'aiment pas ce courant musical (et mode !), c'est un peu rageant. Les fans, par contre, vont a-do-rer !
Allez, je donne les noms de ces merveilleux artistes, juste pour le plaisir, Kagrra (il y a une faute sur la couverture, ils
ont mis Kaggra...), Rentrer en soi (et oui, pas mal de noms d'artistes et de titres de chansons sont en français au Japon !), Evanescence (ah, non, désolé, eux sont américains, c'est une
pub !), Hyde, Ayabie, Vidoll (là, ça doit être un mélange de Vidocq et de doll, non ?), 12012, Alice Nine, Nightmare, Onmyo-Za, The Gazette (ah, les groupes en « The »...),
Blood, Plastic Tree (surnommé Pura), Noiz (oh, avec un « z » comme dans « Zorro » et « Bédédazi » !), Kannivalism (les syllabes avec la lettre « v »
n'existe pas en japonais et sont remplacées par les syllabes avec la lettre « b »), Animetal (ceux qui reprennent les chansons de dessins animés en version métal), Loudness (encore du
métal), Kagerou, Dir en Grey (les suprêmes « taupes », euh... top !), D'espairs Ray, Merry (il paraît que c'est du jazz punk), Moi dix Mois, et tu veux que je te dise quoi ?!
Que j'espère ne pas en avoir oublié ?!
Il faut savoir qu'au Japon, tout est J-pop du moment que
c'est de la musique japonaise plus ou moins populaire et les dénominations J-rock, J-punk, J-tout-ce-que-vous-voulez sont récentes. Si ça se trouve, elles ont été inventées par les Occidentaux
(qui veulent absolument tout classer) pour s'y retrouver un peu dans ce foutoir. Comme vous l'avez compris les classements japonais en matière musicale sont bien différents de ce que les
Occidentaux connaissent et la « qualité » est quantifiée au look pour les fans, et calculée au chiffre de vente pour les autres (classement Oricon
オリコン) ! De plus, les Japonais sont les rois du recyclage, ils écoutent un titre
(souvent occidental) qui leur plaît et hop ! Ils assimilent, ils imitent (à la limite du plagiat) et en ressortent un truc à la sauce japonaise. Et plus c'est commercial, mieux c'est, puisque ça
se vendra plus et ça rapportera plus !
Bon, revenons au magazine où sont tout de même présentés quelques groupes différents, comme Mucc (du bon rock
japonais) et Merry (du jazz punk), ainsi que 12012 et D'espairs Ray (dans une certaine limite et en faisant abstraction de leur look débile). De plus, deux dossiers (de 2 pages
chacun) proposent rapidement quelques groupes, mais alors vraiment rapidement, ben oui si le visual kei n'avait pas pris autant de place !
Dans le dossier punk (pages 50 et 51), Ellegarden (si vous avez eu
l'occasion de voir le clip de « Space sonic », avec les nuisettes, ne pensez pas que ce groupe est constitué de filles, non ce sont bien 4 gars qui font du punk pour la jeunesse),
54 Nude Honeys (ça, c'est un groupe de filles, qui lorgne du côté de PJ Harvey, mais bof...), Coquettish (groupe de ska-core, associé au groupe français Guérilla
Poubelle), Guitar Wolf (alors, attention, « the Japan greatest 'jet' rock'n'roll band », pas moins !) et Dustar-3 (celui-ci, c'est
« the Japanese very famous 'pants rock' band », lamentable...). En bas de page, une malheureuse phrase sur Thee Michelle Gun Elephant
(monstre sacré du rock japonais), une autre sur Rosso (très bon groupe, gros son), et d'autres sur Electric Eel Shock (attention, ça décoiffe, en tournée avec les américains de Bloodhound Gang), The Back Horn (bien,
sans plus, mais au moins le chanteur ne gémit pas comme un chien blessé), et The Bomb Factory (du punk gentil, mais selon le fan-club français, c'est du « fuckin' punk japonais » !).
Dans le dossier noise (pages 52 et 53), Boris (heavy
rock ?!), Melt-Banana, Mono (ils travaillent avec la violoniste américaine, Susan Voelz), Polysics (un ou deux titres, ça va mais un album... bonjour les dégâts !), Boredoms (pop psychédélique) et quelques autres que je ne connais pas (faut croire que je n'écoute pas de noise !). En tout cas, j'ai gardé le groupe Envy, pour la fin parce que j'ai entendu certains titres il y a quelque temps et j'ai bien accroché (noise gore, assez violent, voix
rauque).
A la fin du magazine, il y a « le meilleur du rock japonais en CD & DVD » (ou les dernières
productions des principaux groupes cités) sur deux pages et un dossier « Manga & rock » sur 3 pages avec évidemment « Beck » et « Nana ». Pour
« Beck », je suis d'accord, c'est du bon rock (et j'ai présenté les deux CD, « Beck » & « Keith » où divers artistes
participent ici). Mais pour « Nana », il faut rétablir la vérité et je dis que c'est surtout de la
(mauvaise) pop (Nakashima Mika, c'est de la pop hyper commerciale, en aucun cas du rock...). Puis il y a un petit article dans la rubrique « Toy story » intitulé « Mad in
Japan », une page sur X Japan où (feu leur guitariste) hide (sans majuscule, SVP), « précurseur du visual kei », est comparé trois fois à Nirvana ou Curt Cobain : « du
Nirvana bridé », « à l'instar de Nirvana » (deux fois), et « Bref, hide ou le Curt Cobain du visual kei » (argh... j'hallucine, sans avoir rien consommé !), une
rubrique « Traduction » avec « Forbidden » de D'espairs Ray en rômaji et en français, et pas mal de pubs disséminées dans le magazine (une quinzaine).
Un petit tour du côté du CD quand même. Les 8 titres (vous pouvez cliquer sur l'image) ne sont pas désagréables à écouter (en
bruit de fond). Même si ce n'est pas tout à fait mon style musical, franchement, je m'attendais à pire ! Je dirais simplement qu'avec les 4 premiers titres, le son monte en puissance. Les
5ème et 6èmes titres sont corrects mais n'atteignent pas le même niveau que les 3 titres qui les précèdent. Les 7ème et 8ème titres sont distrayants (voix féminines) mais est-il possible
d'écouter tout un album en restant sain d'esprit ?
Pour conclure, je déplore que le fait de favoriser le visual kei, qui après tout
n'intéresse qu'une poignée de gens (aussi bien au Japon qu'ailleurs), fait oublier toute une scène musicale riche, fantastique et talentueuse... Pourquoi n'y a-t-il rien sur The
Pillows, pourtant connu grâce à la BO de « FLCL », et qui est un des meilleurs groupes de rock japonais avec The Mad Capsule Market (métal) et
Jude (garage), sans oublier quelques autres comme 175-R (punk), Ken Yokohama (rock) et des artistes féminines uniques comme Ringo
Sheena, Arai Akino, Shione Yukawa (un mini-album produit par James Iha 井葉吉伸, des Smashing Pumpkins), même Mekanero ou Sakamoto Maaya (pop-rock). Et il y a tant d'autres. Pourquoi ne pas avoir fait un petit article
sur les groupes rock des anciennes générations et expliquer quand et comment le rock est arrivé au Japon ? En un mot, les fans de bonne musique doivent soit vivre au Japon (la panacée), soit
faire une razzia chez les disquaires lors d'un voyage (c'est ruineux), soit continuer d'écumer le Web (c'est épuisant) ! A quand le rock coréen ou le rock
chinois ?
Si vous êtes arrivés au bout de ce long article, je vous renvoie encore une fois sur l'article « Musique & manga » et sur les liens « Musique » et
« Achats ».
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