Article proposé par Bernard Grandjean, romancier du Tibet
Amoureux du Tibet, il m'est un jour venu le projet d'allier cette passion à une autre passion, celle de l'écriture. J'ai imaginé une série de romans, qui auraient un
but précis : sensibiliser le public au sort réservé au Tibet du fait de l'occupation chinoise.
Ces livres devaient intéresser aussi bien les familiers de l'Asie que les lecteurs sans connaissance préalable du sujet. Il m'a semblé alors nécessaire d'éviter
érudition lourde et descriptions longues, d'être « visuel », en laissant au lecteur le soin de donner chair et épaisseur aux images. Comme dans la BD, en somme... J'ai songé à ces
Belges merveilleux qui avaient enchanté mon enfance : écrire comme dessinaient les artistes de la ligne claire, voila ce que je devais tenter !
En amical pied de nez à Hergé, mon héros serait une jeune femme. Elle aurait des problèmes d'argent, que Tintin n'a jamais eus, et des problèmes de coeur, que le
petit reporter n'a pas eus non plus (on a tout dit sur ces sujets, n'y revenons pas). Elle travaillerait, elle, (vous avez déjà vu Tintin transpirer sur un article que lui réclamerait d'urgence
sa rédaction ?) et elle n'aurait pas de chien - même si je n'ai personnellement rien contre les chiens. Elle s'appellerait Betty, comme Tibet.
Je l'ai dessinée dans ma tête plutôt jolie, avec de longues jambes, des yeux noisette et un sourire foudroyant. Elle serait ethnologue, ce que je rêvais d'être à son
âge (elle a 20 ans au premier épisode de la série), et donc curieuse en diable. Betty « l'Occidentale futée », comme la surnomment ses amis tibétains, était prête à se jeter corps et
âme dans des aventures où son courage et son obstination allaient faire merveille. L'occupant chinois n'avait qu’à bien se tenir...
Pour l'accompagner sur ces chemins périlleux, il était honnête de lui donner les mêmes chances qu'avait eues Tintin, et d'abord quelques amis sûrs : un savant
tibétologue retraité un peu grincheux, le professeur Das, un vieux moine tibétain encore plus rusé qu'il n’en a l'air, lama Lobsang. Mais aussi des amoureux, en premier lieu Tenzin,
malheureusement moine bouddhiste, et Liu, malheureusement agent des services spéciaux chinois. Ajoutons-y des fréquentations moins choisies, comme la vénéneuse Poppy, redoutable espionne, ou le
jeune Foukien, homme d'affaire véreux et figure de la pègre chinoise de Calcutta. Et tout ce petit monde va se croiser au Sikkim ou au Népal, dans la chaleur étouffante de Calcutta ou la
fraîcheur de Gangpong, une station himalayenne faite du Gang de Gangtok et du Pong de Kalimpong, mais ressemblant furieusement à Darjeeling. Betty y passe des séjours délicieux – encore que
généralement vite gâchés – dans le très british hôtel Windsor, qui, lui, ressemble à s'y méprendre au Windermere, hôtel culte de Darjeeling. J'en garde personnellement le souvenir de
whiskies vivifiants au coin de la cheminée du bar, et de thés délicieux sur la terrasse. Avec, en fond, la ligne claire de l'Himalaya...
Bernard Grandjean
Sept épisodes des aventures de Betty ont été publiés chez Kailash Éditions, collection « mystère et boule d'opium » :
« L'affaire du manuscrit tibétain » 2001
« Le mystère des cinq stupas » 2001
« Une vengeance tibétaine » 2003
« Le médecin de Lhassa » 2004
« Le jeu du tigre et des antilopes » 2005
« Opération grand véhicule » 2006
« Le collier du Bodhisattva » 2007
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